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Un sacré concert

mardi 23 janvier 2007, par Jean Durand, dit le Gazetier


Dimanche 21 Janvier 2007. UN vent piquant balaye la rue Roquépine. Au 5 de la dite rue (dans un quartier qui fait penser au baron Haussmann) un bel édifice de pierre blanche, le Temple du Saint Esprit. Aux portes quelques affiches annoncent un concert au programme alléchant (allez, chants !!!). Du Monteverdi, du Purcell, du Britten, du Duruflé, du Gabrieli et j’en passe.

Entrons. L’accueil est chaleureux. On sent des gens heureux de vous voir venir les écouter. Le temple est vaste, bien chauffé (ce n’est pas négligeable par ces temps de froidure). Son acoustique est très bonne, claire, nette, un peu sèche, sans retours ni tourbillons. Le programme (papier) est très clair, documenté, sans lourdeur. Il donne toute de suite une bonne image du concert. En première partie des musiques des 16e et 17e siècles et en seconde partie des musiques du 20e siècle. On voit aussi qu’il est du type « sandwich » (rien à voir avec la restauration, bien entendu). Un coup de c(h)œur a cappella, une proclamation de l’orgue, and so on…Mais quel chœur ! Et quel orgue ! Mais quel chef ! Et quel organiste ! Je ne les cite pas. Ils sont trop modestes. Veuillez vous reporter au programme.

Le concert commence par un mixte chœur-orgue, un prélude écrit par le chef. On se sent tout de suite dans l’ambiance. « Audite gentes », « Ecoutez vous tous » ou, si vous préférez, « Oyez , braves gens ».
 
Puis vient Monteverdi. Une messe a cappella pour chœur mixte à quatre voix. Entre chacune des quatre parties : Kyrie, Gloria puis Credo puis Sanctus, Benedictus et enfin Agnus Dei, des pièces pour orgue de Gabrieli, Frescobaldi et Jan-autista Cabanilles.
Pour le chœur, bravo ! Départs impeccables, finales pleines d’harmonies et très belles nuances en plein accord avec le texte : un Laudamus Te plein d’exultation ; des Miserere insistants mais tout en douceur, un Crucifixus douloureux, pas doloriste, avec beaucoup de retenue ; un Sanctus et un Benedictus très doux, comme pleins de reconnaissance. On sait aussi que la Gloire emplit le ciel et la terre. Le chœur l’affirme. Quant à l’Agnus Dei, plein de tendresse, il termine la messe sur un chant insistant, Miserere nobis, calme et plein de paix.
Pour l’orgue, à chaque pièce, des découvertes de rythmes et de sonorités. On est souvent surpris quand le jeu s’arrête. On voudrait continuer le voyage. Heureusement, quelques fois, la pièce annonce la fin par des accords très étudiés et l’organiste ne résiste manifestement pas au plaisir de maintenir, un bon moment, l’harmonie finale pour nous la faire gouter !
Ensuite Purcell entre en scène avec une magnifique supplication « Remember not, Lord, our offenses, Spare us, good Lord ». La première partie de ce concert, se termine, à l’orgue, sur une Batalla (précisons : du 6e ton !!!) de José Jiménez. Une « Bataille » où les trompettes s’en donnent à cœur joie.

A la pause, il faut bien se remettre de tant d’émotion et bavarder un peu avec les amis. Voici quelques thèmes de conversation. Tu as vu Isabelle et Jean –Marie dans le chœur ? Tu as vu le chef comme il dirige, tout en souplesse et précision ? Qu’est-ce que tu penses de l’organiste ? Quelle virtuosité ! Te souviens-tu de ce merveilleux stage à Cordes-sur-ciel avec le chef ? etc… etc…

Et le concert reprend. Autres musiques, autres sonorités, mais beaucoup de références au passé. Pour le chœur, Psaume 70 et Hymne à la Vierge de Benjamin Britten et quatre motets sur des thèmes grégoriens de Maurice Duruflé (à l’ensemble Vocal Claudio Monteverdi, on connaît !) Et pour l’orgue, Prélude sur un cantique gallois de Ralph Vaughan William et Choral et Variations sur le Veni Creator de Maurice Duruflé...
Toujours des interprétations toutes en nuances expressives et bien dans l’esprit des musiques de notre temps.
 Pour terminer, la cerise sur le gâteau, en clin d’œil au public, une pièce pour chœur et orgue, composée par le chef et chantée en latin, avec quelques souriantes onomatopées ! Un postlude qui nous interpelle : « Allez, excellents auditeurs ! Et que la musique réjouisse votre cœur ! Il fallait voir le sourire réjoui du chef après que ce postlude fut donné en bis !!!

Je ne peux pas résister au plaisir de vous communiquer les noms du chef et de l’organiste, respectivement (c’est à dire avec beaucoup de respect)
Stéphane CAILLAT et Kurt LUEDERS

P.-S.

Petite remarque personnelle. Chanter une messe catholique en latin, un psaume et un hymne anglican en anglais dans un temple protestant, un dimanche de la semaine pour l’unité des chrétiens, il fallait, comme on dit, le faire…

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