Les grandes œuvres du répertoire
« Lamento d’Arianna »
mercredi 17 janvier 2007, par
Dans sa rubrique « Les grandes œuvres du répertoire » la Gazette de l’E.V.C.M. est heureuse de vous présenter le « Lamento d’Arianna » première pièce de quatre madrigaux à cinq voix de Claudio Monteverdi sur un texte d’Ottavio Rinuccini publié dans Il sesto libro de madrigal a cinque voici (Venise, Gardano, 1614).
Le Lamento, composé dès 1608, fut transformé en 1610 en madrigal a cappella. Cette œuvre, de la période maniériste de Monteverdi est un modèle d’économie dans l’utilisation des moyens musicaux pour exprimer la passion et le pathétique. Ainsi, dans le premier madrigal intitulé « Lasciatemi morire » c’est-à-dire « Laissez- moi mourir » Ariane se lamente et ne se prive pas de le répéter.
Des experts diraient qu’elle (Ariane) s’exprime dans un court arioso chromatique de forme A B A’ B’ A, réduite. Lors de la première répétition de notre sympathique quintette (celui dans lequel chante votre Gazetier en compagnie de Claire, de Jean-Noël, d’Hélène et de Véronique) nous avions noté : A B C D E F. Chacun a ses repères !!!
Nous avons appris, de source sûre, qu’il y avait d’autres sympathiques groupes, dits « un par voix » dans l’Ensemble Claudio Monteverdi. Parmi eux, certains étudient le fameux Lamento. La Gazette serait ravie d’avoir leur sentiment sur cette pièce.
Revenons au Lamento. Veuillez noter : histoire d’être dans l’ambiance de l’œuvre : 1° ; que tout ce qui est A et A veut dire « Laissez-moi mourir » 2° ; que A A’ et A commencent par une dissonance non préparée, un rien dramatique. Donc préparez vous à la dissonance car il est possible que notre sympathique quintette en rajoute, histoire de faire encore plus dissonant et dramatique !!!
Vous remarquerez (ici vient une première minute culturelle), à l’écoute, que la pièce est en Ré majeur et que le milieu des sections A passe par la dominante (La majeur) et que le texte est répété dans un retour à la tonique (vous suivez ?). La répétition, c’est pour que tout le monde comprenne bien de quoi il s’agit. Ariane est in-con-so-la-ble !!! Fastoche ! Il suffit d’écouter !
La section médiane A’ (ou C, comme vous voulez) est moitié moins longue que la section A. On sent qu’Ariane se lasse de répéter. Elle nous dit simplement « Laissez-moi mourir ».
Les sections B et B’ comportent des parties variées de voix ce qui est excellent pour appliquer, en répétition, la méthode de travail préconisée par le chef. Cette méthode est basée sur un principe musicalement correct : diviser la partition pour mieux la dominer. Mais vous remarquerez sans doute (ici vient une autre minute culturelle) que la section B est en La majeur (toujours la dominante de A) alors que la seconde appelée B’ (attention nous ne sommes pas au lycée Papillon) est située un quinte plus haut ce qui a pour effet d’augmenter la tension (c’est toujours comme ça avec les quintes qu’elles soient dues à la toux ou à la musique). Quand on vous disait que la pièce est pathétique !!!
Mais, nous ne sortons pas du drame, car la dernière section A(ou A) identique à la première A (ou F comme vous voulez) répète, sur un ton de lamentation, « Lasciate mi morire » « Laissez-moi mourir ». C’est triste mais c’est beau ou bien c’est beau mais c’est triste. Tout dépend de ce que vous ressentez.
Pour les chanteurs, la pièce se termine, vous vous en doutez bien,…morendo !!! C’est-à-dire que les chanteurs s’arrêtent au bord de l’asphyxie.
Alors, après un long temps de silence, car les grandes douleurs sont muettes, le public, enthousiasmé (of course) par la prestation de l’un ou l’autre des sympathiques quintettes de l’Ensemble Claudio Monteverdi applaudira à tout-va !!!
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