La dynamique des chanteurs par le Dr Naej DNARUD
Publication dans « La Folia du Phoniâtre » aux éditions « Dubeauchant » 2008
mercredi 16 avril 2008, par
Chers Montéverdiens,
Voici un nouvel article de votre Gazette préférée. Il est dédicacé à Claudio. Vous allez comprendre pourquoi.
CLAUDIO,
Tout d’abord je te salue en tant que ténor. Nous n’étions pas trop nombreux, mais vaillants. La vie a décidé que le ténor Gazetier ne serait plus que simple Gazetier (il ne s’en prive pas). Maintenant vous formez un pupitre à part entière et qui tient sa place. Je puis en témoigner après le concert de Février à Gif-sur-Yvette et l’audition des CD que Jacques-Yves a eu la gentillesse de me faire parvenir.
Ensuite, tu te prénommes Claudio. Tu ne pouvais mieux faire qu’intégrer l’Ensemble Monteverdi (Claudio pour les intimes). Sois donc le bienvenu ! Félicitations également pour ta vocation de « tour operator » J’ai vu que les réactions étaient nombreuses et enthousiastes !
Et puis tu nous fais part ici sur le site de l’ensemble, d’informations savantes sur l’art du chant. Je t’avouerais que cela m’a « interpellé », mais mon esprit de Gazetier a repris le dessus et je n’ai plus hésité à transcrire,à ma façon, un texte intéressant mais complexe. Je me suis permis de le faire non pour le critiquer mais pour lui donner un autre ton,un rien moqueur, mais positif, bien dans l’esprit de la Gazette.
J’espère que toi et les Montéverdiens aurez autant de plaisir à parcourir cet article que j’ai eu de plaisir à l’écrire.
Jean dit le Gazetier aphone, dit Naej DNARUD en nom de plume.
Les chanteurs créent une modification fonctionnelle de leur dynamique personnelle
Un simple examen visuel du rachis cervical (examen non douloureux) chez une population de chanteurs, choristes non professionnels, a montré des modifications de la dynamique sous la forme soit d’une hyper activité soit, plus fréquemment, d’une hypoactivité ou d’une rectitude corporelle, sans facteurs (ne pas confondre avec l’Association des Facteurs de la Poste ou A.F.P.) pathologiques associés, ni troubles fonctionnels.
Les anomalies de position du rachis cervical observées chez les chanteurs choristes non professionnels apparaissent dès la première année de pratique plus ou moins intensive du chant. Elles s’expliquent par des déformations plutôt cervicales dues à une position de fonction et non à une position antalgique, position adoptée pour soulager les algies consécutives à un stress ou à un trouble de la statique (par exemple crampes dans les mollets). Ces positions de fonction finissent avec l’usage et non avec l’usure, par faire partie intégrante du schéma corporel du chanteur choriste.
Ces conclusions sont autorisées par la comparaison entre trois types de sujets, aucun d’eux ne présentant de pathologie rachidienne ou de trouble de la dynamique ou de la statique : des chanteurs professionnels en cours de carrière (là où ils sont entrés), des chanteurs débutants subissant un entraînement quotidien analogue à celui des professionnels (dur, dur !) et des chanteurs choristes non professionnels constituant le groupe témoin. Douze sujets ont été inclus dans chacun des groupes.
On a procédé à la prise de téléxéroradiographies, suivant le système Rank Xerox, du corps, de la tête et du cou des chanteurs au repos, puis, pendant qu’ils émettent, en chantant, évidemment, des voyelles cardinales (qui comme les vertus sont extrêmes) pour lesquelles la langue occupe des positions elles-mêmes extrêmes dans la bouche (essayez et vous verrez), comme le « i » (les très jeunes enfants savent le faire) ou le « u » (dans ce cas il s’agit d’un cocher) et tout cela dans les registres du grave, du medium et de l’aigu.
De plus, le groupe témoin a été radiographié au repos et en cours de bâillement pour obtenir une bonne ouverture vocale. Il est vrai qu’à force d’attendre, on baille. C’est un très bon exercice de relaxation bien connu des choristes. Petite remarque complémentaire : on peut obtenir une certaine ouverture buccale, non pas en baillant mais en papotant sur toutes sortes de sujets. (mais je m’égare)
Hypolordose, rectitude, ou hypocyphose : analyse dynamique.
Un céphalostat (appareil Siemens-Nokia-Mercedes-Thomson) devrait être utilisé pour maintenir les têtes des sujets dans un plan de référence appelé plan de Francfort (comme la ville où, disent les mauvaises langues, les gens ont la nuque raide). Mais il a été remarqué que les chanteurs de tout poil ont l’habitude de se tenir droit lorsqu’ils s’apprêtent à chanter. On leur a laissé toute liberté pour positionner naturellement leur têtes, en leur donnant pour consigne de regarder droit devant eux à la hauteur des yeux la fameuse ligne bleue des Vosges.
Une analyse dynamique (of course) des radiogrammes a été réalisée sur six des quarante paramètres céphalométriques (c’est ce qui s’appelle avoir une grosse tête) utilisés pour l’étude radiologique de la phonation : - l’ouverture buccale, - l’orientation de la tête, - la position du crâne par rapport au rachis, - les mouvements de l’occiput par rapport au rachis, - les déplacements antéropostérieurs (donc à caractère ondulatoire, toujours dynamique) du rachis. Comme aurait dit Molière « Le rachis, vous dis-je, le rachis ! » et - le calcul de la courbe cervicale (ouf !). Pour ce calcul, utiliser une fonction intégrale simple. C’est suffisant.
Les résultats montrent, chez tous les chanteurs au repos (ils en ont bien besoin parfois), l’existence soit d’une hypolordose, soit d’une rectitude cervicale (ce qui ne veut pas dire qu’ils ont la tête dure) ; soit d’une hypocyphose.
Lorsque les chanteurs sont en phonation (et non en hibernation) et qu’ils passent du grave à l’aigu, les clichés montrent : - une augmentation importante de l’ouverture buccale (faites Ah !), - un relèvement de la tête(« Relève toi fier Sicambre » disait Victor Hugo), - un recul du rachis cervical(toujours lui !), - une postérisassion (ne pas confondre avec postérité) et un soulèvement de l’occiput(grade trois, au moins, sur l’échelle de Richter) et -une inversion de la courbure cervicale (entre nous ça fait beaucoup, d’un seul coup, pour un chanteur normalement constitué).
Ces signes existent, mais sont nettement moins marqués, chez les chanteurs débutants.
Chez les témoins (les choristes), tout au plus observe-t-on de légères modifications au cours du bâillement, avec rectitude cervicale ou hypocyphose. (Un peu comme un repliement sur soi).
L’analyse des données met en évidence l’existence de postures spécifiques en fonction des différents registres. Ainsi, chez tous les sujets étudiés, l’angle craniocervical (relevez la tête, vous dis-je) augmente lorsqu’ils passent du grave à l’aigu. Le phénomène est du au relèvement de la tête et au recul du rachis cervical (encore !!!), mouvements eux-mêmes déterminés par l’ouverture buccale.
Tout ça c’est bien de la dynamique (et un peu de dynamite !)
Dégager le pharynx (il n’y a rien à voir)
Chez les chanteurs professionnels, l’inversion de courbure cervicale (« Tête droite » comme disait un adjudant) assez importante semble avoir comme fonction de dégager le pharynx de manière qu’il se dilate suffisamment pour permettre la bascule antérieure (et non postérieure, ce qui serait catastrophique) du cartilage thyroïde, indispensable à l’émission de l’aigu. Le degré de l’ouverture buccale dans l’aigu varie en fonction e la technique vocale utilisée par le chanteur et de son niveau d’entraînement. Chez les chanteurs dont l’ouverture buccale est très importante, on relève des mouvements du rachis dont l’amplitude atteint 4 centimètres au niveau du C6 (Cervicale n°6 ?).
Ces déplacements, existant de manière physiologique pendant la fonction de chant, permettent d’expliquer que toute lésion du rachis cervical (par exemple à la suite d’un coup de matraque) empêchant sa mobilité ait une incidence sur la voix chantée, et plus particulièrement sur l’émission des aigus.
Notes complémentaires. Lexique et commentaires
Hypo : qui exprime l’en dessous, l’en deçà, la diminution, l’insuffisance.
Rachis (ce fameux rachis) : Colonne vertébrale, épine dorsale.
Lordose : Courbure normale de la colonne vertébrale lombaire ou dorso-lombaire à concavité postérieure. En médecine : exagération anormale de la cambrure du dos. J’en ai déduit, peut-être, un peu hâtivement, que hypolordose voulait dire cambrure normale !!!!
Cyphose : Déformation de la colonne vertébrale avec concavité postérieure. J’en ai re-déduit toujours hâtivement que hypocyphose voulait dire cambrure normale.
Vous comprenez, j’en suis sur mon désarroi sémantique. J’attends des réactions de votre part. C’est cela une Gazette participative (formule à la mode).
Mais que tout cela vous encourage à toujours mieux chanter.
Votre fidèle Gazetier

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